[exposition] le triomphe de la couleur

L’exposition Le Triomphe de la Couleur présentée actuellement au Centre d’Art de Crest est sous-titrée « une histoire de la photographie en couleurs dans les collections nationales des Monuments Historiques ». Et c’est en effet toute une histoire de la photographie en couleurs qui est proposée au visiteur, depuis les balbutiements au XIXe siècles jusqu’à la prédominance actuelle.

La Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine est l’héritière du Service des Archives Photographiques, initié au milieu du XIXe siècle. Ses collections ont grandi par dons et achats mais également par l’organisation de campagnes de prises de vue. Le Service des Archives Photographiques initie en particulier une campagne de prises de vue durant la Première Guerre Mondiale dans une logique documentaire en photographiant les monuments dans les zones sujettes aux bombardements. Aujourd’hui, la MAP est l’une des plus importantes collections photographiques de France, couvrant l’ensemble de l’histoire de la photographie, de ses balbutiements jusqu’aux donations d’artistes photographes actuels.

Les premiers procédés couleurs se développent à partir de la fin du XIXe siècle, et restent très minoritaires jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Toutefois, dès les débuts de la photographie, le souhait de retranscrire les couleurs se fait ressentir, et la MAP possède de nombreux exemples de colorisation. On retrouve en particulier ces photos colorisées dans les objets promotionnels du cinéma muet ou sur des cartes postales.

Jusque dans les années 1930, les procédés photographiques en couleur sont encore assez expérimentaux et complexes. Ils sont donc essentiellement utilisés par des amateurs qui défrichent de nouveaux terrains d’expression picturale. Ce sont d’abord des prises de vue trichromes où trois plaques sont successivement exposées portant chacune l’une des trois couleurs. Puis, la commercialisation des plaques autochromes des frères Lumière rend la photographie couleur plus accessible. Les plaques de verre permettent de capturer l’image puis de la restituer par projection ou via un appareil de visionnage dédié. Ainsi, Jacques-Henri Lartigue utilise l’autochrome pour mettre sa famille et ses proches en scène dans leurs loisirs et occupations. Cependant, l’autochrome est assez peu utilisé à des fins professionnelles car il ne permet pas le tirage sur papier.

La commercialisation par Kodak puis par Agfa de pellicules couleurs souples à la fin des années 1930 marque un tournant dans l’utilisation de la couleur en photographie. La couleur arrive au cinéma et dans la presse dans les même moments. Considérée comme « moderne », la photographie en couleur est fortement utilisée dans la presse et la publicité. Les photographes s’adaptent mais l’usage de la couleur est essentiellement commercial, tandis que les travaux personnels restent en noir et blanc. Il faut dire que la qualité des tirages en couleurs laisse encore à désirer avec un rendu médiocre et une moindre conservation dans le temps, limitant la possibilité de les faire rejoindre des musées ou des collections privées.

Au fil du temps, les problèmes de qualité s’amoindrissent, et la photo en couleur bascule progressivement au statut de pratique artistique à part entière. Les photographes peuvent ainsi explorer de nouveaux champs, plus personnels et dans une certaine mesure, s’affranchir des contraintes de la presse et des commandes. De nouvelles techniques font également leur apparition, parmi lesquelles le Polaroïd. Certains photographes expérimentent diverses techniques de tirage. Puis, depuis une vingtaine d’années, le numérique est venu bousculer encore une fois les pratiques…

L’exposition Le Triomphe de la Couleur nous propose donc un panorama complet de l’utilisation de la couleur en photographie, depuis les balbutiements jusqu’aux tirages numériques en grand format, pour une plongée en immersion dans l’histoire de la photographie.

Photographie sur plaque colorisée – Touring Club de France – XIXe siècle
Album photo constitué par un marin au fil de ses voyages, comportant de nombreuses photographies japonaises colorisée – vers 1880
Autochrome par Jacques-Henri Lartigue – vers 1910
Oiseau de Paradis – Autochrome par Fernand Baldet – 1916
Maison du chapitre et vitraux de la cathédrale de Bourges – autochromes de Lucien Roy – 1927
Noir & Blanc vs Couleurs / exposition personnelle vs publication dans Géo – François le Diascorn
Perspectives connues…- Le N&B artistique – Ouvrage Le Mont Saint Michel de Jean Mounicq publié en 2004
Papiers froissés – John Batho – tirages numériques – 1987/1990
Travail sur le tirage photographique – Denis Brihat
Autoportrait dans l’exposition – dans le Bouquet de Fleurs Sèches de Jean-François Bauret (vers 1990) avec le reflet des Papiers Froissés de John Batho

Exposition « Le Triomphe de la Couleur » – Centre d’Art de Crest – avril 2022

(*) L’exposition « Le Triomphe de la Couleur » est présentée au Centre d’Art de Crest jusqu’au 12 juin 2022. Un livret explicatif, sous forme de catalogue d’exposition, est disponible sur place pour prolonger les explications durant la visite.. et après !

[petits moments] s’initier au lightpainting

Lors de l’instameet organisé par Valence Romans Tourisme, nous avons eu le plaisir de nous initier au lightpainting dans les jardins du Musée de Valence. Cet atelier était encadré par Vincent Delesvaux, dont on peut également retrouver le travail de lightpainting sur Instagram.

Vincent avait installé son appareil photo en face de la fontaine du jardin. Le principe est finalement assez simple : dans un environnement sans lumière extérieure (ou avec peu de lumière extérieure), il s’agit de dessiner avec des lampes face à l’objectif qui va capter ces zones lumineuses dans une pause très longue (en l’occurrence, Vincent déclenche manuellement le début et la fin de la prise de vue). Après une rapide démonstration, c’est à nous de faire preuve de créativité !

Chacun à notre tour, nous dessinons avec la lumière, nous inspirant de la période de Noël. Regarder les images des autres prendre forme sur l’écran est vraiment chouette et a un petit côté magique ! L’expérience est toute différente quand il s’agit de soi-même créer une petite scénographie…

En effet, on avance alors un peu à l’aveugle, essayant de visualiser ce que l’on essaie de dessiner et où on a déjà tracé des lignes. Afin que nous puissions figurer sur la photo, Vincent vient nous éclairer une fois que nous avons fini de mettre en place notre décor lumineux. C’est intéressant de voir que les univers de chacun se devinent sur la mise en place d’une seule image.

Nous terminons l’atelier par la création d’une photo collective. Armés chacun d’une lampe, nous dessinons autour de nous, puis Vincent vient nous éclairer tour à tour. De notre côté de l’objectif, il est impossible de deviner ce que sera le résultat final, et cela rend l’expérience encore plus amusante et intéressante. Il s’agit en effet de faire confiance à chacun pour que tous se retrouvent sur la photo finale !

Enfin, Vincent a la gentillesse de faire de chacun d’entre nous un portrait… Avec son expérience du lightpainting, il a une maîtrise de la mise en lumière dans l’espace vraiment impressionnante !

Je repars de l’atelier réellement ravie de ce que j’ai pu découvrir grâce à Vincent qui a eu à cœur de partager avec nous cette technique photographique qui laisse une grande place à la créativité, et des bons moments passés avec les autres instagrameurs présents ce soir-là !

Quand je fais du lightpainting….
… vs quand Vincent Delesvaux fait du lightpainting !

Atelier lightpainting dans les jardins du Musée de Valence avec Vincent Delesvaux
4 décembre 2021

(*) Merci à Valence Romans Tourisme pour l’invitation, au Musée de Valence pour le prêt de ce si joli lieu et à Vincent Delesvaux pour sa passion et son sens du partage !

[exposition] L’aventure photographique des Kasparian

Au Centre du Patrimoine Arménien de Valence se tient l’exposition L’aventure photographique des Kasparian. Elle retrace la vie et le travail de la famille Kasparian qui a fondé et tenu le Studio Boissière à Montreuil en Seine Saint Denis.

Varastade Kaparian est un orphelin du génocide arménien. Arrivé enfant en France, il est formé au métier, alors tout nouveau, de photographe. Plus tard, il s’installe comme photographe à Montreuil, à côté de Paris. Là, il exerce son activité comme photographe de famille, et réalise de nombreux portraits. La renommée du studio est importante et l’entreprise familiale emploie plusieurs personnes.

Son fils Roger Kasparian devient lui aussi photographe. Il commence à prendre en photo groupes et chanteurs, idoles naissantes des sixties. Il immortalise ainsi des (futures) stars britanniques comme Marianne Faithfull, les Beatles ou les Rolling Stones ou américaines comme Nina Simone, Chuck Berry ou Ray Charles. Pigiste, payé à la photo achetée, il suit les artistes depuis leur arrivée à Paris jusqu’à leur départ, dans l’ensemble de leurs déplacements, leurs concerts, leurs hôtels.

Il photographie aussi les étoiles en devenir de la scène française : Johnny Hallyday, Sheila, Sylvie Vartan, Jacques Dutronc, Françoise Hardy, Eddy Mitchell, Claude François, Dalida, Serge Gainsbourg…. tous passent à un moment ou l’autre devant son objectif. Parmi eux, on retrouve Charles Azvanour avec qui Roger Kasparian nouera des liens particuliers, liés à leurs origines arméniennes, et qu’ils conserveront jusqu’au décès du chanteur.

Véritable témoignage d’une époque, ces photographies n’ont ressurgi qu’il y une dizaine d’années, quasiment par hasard après plus de quarante ans de sommeil. Depuis, les portraits des stars des sixties pris par Roger Kasparian ont fait l’objet de plusieurs livres et expositions.

Présentées à Valence, dans le cadre d’une exposition montée par le CPA, les photos de Roger Kasparian s’inscrivent dans l’histoire du studio familial, fondé par son père et relancé en tant que lieu de création par sa fille et sa petite fille. Plus que par le témoignage qu’elles apportent, j’ai été touchée par les portraits de ces jeunes (presque) stars et par la façon dont le photographe a su capturer les regards. Chaque portrait semble tourner autour des yeux du modèle, et surtout vers ce que ces yeux regardent et que l’on ne voit pas. Roger Kasparian semble vraiment faire parler les regards de ceux qu’il prend en photo !

Marianne Faithfull / The Animals / The Beatles / Paul McCartney
Johnny Hallyday / Long Chris / Sheila
Dalida / Eddy Mitchell / Serge Gainsbourg
Jacques Dutronc / Françoise Hardy / Antoine

L’aventure photographique des Kasparian
Centre du Patrimoine Arménien – Valence – Drôme – août 2021

(*) L’exposition se tient jusqu’au 19 septembre 2021 au Centre du Patrimoine Arménien à Valence.

[exposition] Thalassa, les peuples de la mer – photographies de Nikos Aliagas

J’avais repéré que la ville de Saint Lô proposait une exposition en plein air de photographies de Nikos Aliagas, et j’ai profité d’une sortie vers le secteur de Utah Beach pour m’y arrêter.

On connait surtout Nikos en tant que journaliste et encore plus en tant qu’animateur d’émissions télévisées (Star Academy, The Voice, … ). Mais il a aussi un talent de photographe, raison pour laquelle je le suis depuis pas mal de temps sur Instagram. J’aime en particulier sa façon de photographier les gens, de jouer avec la lumière et les détails, de travailler ses compositions.

Thalassa, les peuples de la mer est une exposition qui avait été présentée à Cannes, en extérieur déjà, l’an dernier. Les clichés ont été pris en bord de mer : Normandie, Côte d’Azur, Portugal et Grèce essentiellement. Tous racontent un lien à la mer, qu’il soit pour les loisirs ou pour le travail. Marins-pêcheurs y côtoient ainsi des élégantes promenant leurs chiens ou des enfants s’amusant. Ils racontent une histoire commune en dépit des différences de lieux et de cultures. La mer crée un lien entre ceux qui y vivent, qui en vivent.

J’ai apprécié cette exposition, qui propose une cinquantaine de photos en noir et blanc, au pied des remparts de l’ancienne cité fortifiée, où chaque image raconte une histoire, et devient vecteur d’une émotion.

(*) L’exposition se tient jusqu’au 13 septembre 2021 au pied des remparts de la ville de Saint Lô, rue Torteron. Elle est librement accessible.

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Lors de cet arrêt à Saint Lô, j’ai pris peu de photos : la ville a subi d’important dégâts au moment du débarquement de juin 1944 et de la bataille de Normandie qui a suivi. Elle a donc été reconstruite quasi intégralement ensuite. Il y a dans ces bâtiments un témoignage architectural important, mais ce n’était pas le but de notre passage, et nous ne nous sommes pas attardés. Je note toutefois ces deux photos, où l’ancien et le nouveau se conjuguent…

Parapet de la promenade des remparts et alignement des cheminées de la Reconstruction
Vestiges de l’église Notre-Dame et architecture de la Reconstruction

Saint Lô – Manche – juillet 2021

[petits moments] détails félins

Il m’arrive régulièrement de m’amuser à prendre Vador en photo… C’est un modèle plutôt facile, surtout s’il dort (sinon, il cherche à éviter l’appareil photo ! ). Ce jour-là, je me suis plus particulièrement intéressée à ses pattes et aux dessins formés par ses coussinets…

Vous aussi, vous voyez un nounours dans les coussinets ?

J’ai aussi essayé de capter son regard…. sans trop me faire repérer !

A la maison – février 2021

[exposition] Vivian Maier, street photographer

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Vivian Maier est une photographe autodidacte dont l’oeuvre figure parmi les plus importantes du XXe siècle. Et pourtant, le travail de Vivian Maier n’a été découvert qu’à la toute fin de sa vie par un complet hasard et exposé pour la première fois de façon posthume !

D’origine franco-hongroise, émigrée avec sa mère aux Etats-Unis, la jeune Vivian devient gouvernante d’enfants. Elle travaillera principalement à Chicago et New-York mais fera également quelques voyages avec les enfants dont elle s’occupe ou à titre personnel, comme celui dans le Champsaur pour régler la succession d’une tante. Discrète, elle prendra sans cesse des photos sans les montrer. Une partie de ses négatifs ne sera même pas développée.

Elle conserve tirages et négatifs soigneusement inventoriés dans des cartons stockés dans un box à Chicago. A la fin de sa vie, faute de pouvoir payer le loyer alors qu’elle est hospitalisée, les biens contenus dans le box sont mis aux enchères. Parmi les acquéreurs, John Maloof, féru d’histoire locale, achète un lot de photos dans un carton avec l’idée de s’en servir pour illustrer des ouvrages qu’il écrit. Deux autres chineurs ont également acheté des photos de Vivian Maier lors de la vente aux enchères.

Progressivement, John Maloof prend conscience de la qualité photographique des clichés qu’il a entre les mains. Il rachète les autres lots et se retrouve avec plus de 100 000 négatifs…. Il ne connait toujours pas l’auteur de ces photos.

En cherchant parmi les négatifs, il trouve un pochette de laboratoire photographique avec le nom de Vivian Maier manuscrit : il vient de découvrir le nom de cette femme dont il a vu les autoportraits par centaine parmi les photos qu’elle a faites. John Maloof ne la rencontrera jamais : elle est décédée peu avant qu’il ne découvre son identité. Ce sera toutefois lui qui fera connaître au monde entier l’oeuvre de photographie de rue de Vivian Maier.

L’exposition présentée au Musée de l’Ancien Évêché de Grenoble met en scène plus de 130 photographies de Vivian Maier. Dans un accrochage épuré, où les photos se suffisent à elles-mêmes, on découvre essentiellement des images en noir et blanc.

J’ai été frappée par la façon qu’a Vivian Maier de saisir l’instant, un regard furtif, une émotion sur un visage. Ses cadrages se révèlent aussi malicieux, s’attachant parfois à des détails. Elle a photographié ses contemporains dans leurs activités quotidiennes, sans concession, et nous livre un formidable regard sur son époque.

Et il y a aussi ses autoportraits… Vivian Maier profite de tous les reflets pour se prendre en photo. Elle expérimente d’autres types d’autoportraits, jouant avec son ombre ou composant un portrait chinois. On a l’impression d’une véritable quête d’elle-même à travers ses clichés. Et ce qui m’a frappé, c’est qu’autant elle capture les émotions des autres sur le vif, autant elle masque toute émotion sur ses autoportraits (sauf sur celui dans le miroir d’un vitrier déchargeant son camion où un léger sourire semble nous dire à quel point elle est ravie de profiter de ce reflet furtif !)….

Je n’avais qu’une vision superficielle de l’oeuvre de Vivian Maier et j’ai découvert la sensibilité avec laquelle elle prend ses photos… Qu’au delà de la street photography, elle était une portraitiste de l’éphémère !

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Exposition « Vivian Maier, Street photographer »
Musée de l’Ancien Évêché – Grenoble – Isère – février 2020

(*) L’exposition, initialement prévue jusqu’au 15 mars 2020, est prolongée jusqu’au 22 mars 2020 au Musée de l’Ancien Évêché à Grenoble. L’entrée est gratuite.

 

 

[fourre-tout de la semaine] 29 septembre 2019

Dans la cour, une pie (en pleine mue, d’où les plumes manquantes sur la tête) s’est posée et s’est laissée approcher. Elles sont généralement vives et timides et je n’avais encore jamais pu en prendre une en photo !

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Le week-end dernier, j’ai pris le temps d’aller visiter quelques-unes des expositions des Rencontres de la Photo de Chabeuil. Parmi elles, deux m’ont particulièrement plu : les éléphants et les ours polaires de Kyriakos Kaziras et Requiem pour pianos de Romain Thiery.

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L’espace Oreil, un ancien moulin reconverti en salles d’expositions

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