[exposition] Hervé Di Rosa. Ses sources, ses démons.

Le Musée de Valence propose une nouvelle exposition All-over. Après Gerda Steiner et Jörg Lenzlinger en 2019, puis Philippe Favier en 2020/2021 (j’étais d’ailleurs allée voir deux fois cette exposition), c’est l’artiste contemporain Hervé Di Rosa qui a pris possession des salles du musée et y a disséminé ses œuvres.

Je ne connaissais pas du tout Hervé Di Rosa avant l’annonce de l’exposition. J’ai découvert un artiste à l’univers vif et coloré, dont l’art a émergé dans les années 1980. Artisan du mouvement de la « figuration libre », ses codes se réfèrent à la fois à la bande dessinée, et en particulier aux comics américains, et au graffiti (qui ne s’appelle pas encore street art…). Il en résulte des couleurs vibrantes et des traits francs.

Nous avons commencé notre visite par la partie exposition temporaire pour profiter du calme du début de l’après-midi dans les deux salles d’exposition. Le rez-de-chaussée nous plonge dans l’univers décalé d’Hervé Di Rosa à travers les oeuvres autour du Di Rosa Magazine. Ce fanzine d’artiste, dont les premiers numéros sont édités dans les années 1980, utilise clairement les codes des comics tandis que les tableaux présentés reprennent ceux du marketing et de la publicité. Il ne manque que Bruce Sprigsteen en fond sonore pour que l’immersion dans les 80’s soit complète !

A l’étage, c’est Time Spiral qui nous attend. Hervé Di Rosa réinterprète les grands batailles de l’histoire en mettant en scène ses personnages signatures : les Renés. On découvre ainsi Trafalgar ou les guerres babyloniennes sous son pinceau aux traits ludiques. Parmi toutes les batailles présentées, celle qui m’a le plus marquée est la représentation du débarquement de juin 1944 en Normandie. C’est le seul tableau de bataille où un seul camp est représenté. L’effroi dans l’attitude des Renés alliés est palpable, tout comme leur détermination. C’est aussi le seul tableau de bataille où le trait n’est pas net. Les éclaboussures de la mer et du sable teinté de rouge, représentées par des projections de peinture, apportent une dimension terrible au sujet !

Après cela, nous sommes retournés parcourir l’ensemble des salles du musée. Un peu partout, les œuvres d’Hervé Di Rosa répondent à celles du musée dans un dialogue entre l’ancien et le nouveau. On croise ainsi des céramiques contemporaines au pied des dolia romaines, ou un petit personnage massif faisant penser à un chapiteau de colonne dans la salle lapidaire.

Artiste voyageur, Hervé Di Rosa a ramené techniques et inspirations de chacun de ses voyages. On repère donc différentes influences selon les œuvres. L’artiste réinterprète des thèmes occidentaux avec les couleurs et les techniques d’autres continents. On croise ainsi une piéta peinte sur une peau tendue entre des bois flottés.

Hervé Di Rosa propose aussi une série de tableaux sur les villes, et leurs banlieues. Points jaunes en relief pour les lumières de la ville s’opposent aux couleurs crues des palissades de chantier dans des tableaux débordant du plan et utilisant l’ensemble des côtés du support.

Le voyage dans les collections du musée fait résonner des représentations sous-marines peuplées de poissons aux larges sourires avec le Rhône sculpté par Gaston Dintat ou dormir la Nymphe sous le regard protecteur d’un Renédor (à moins qu’il ne s’agisse d’un « René dort » ?).

Notre périple dans le musée s’achève dans le cabinet des fusains d’Hubert Robert. Hervé Di Rosa a mélangé ses propres fusains, dessinés spécialement pour cette exposition, à ceux de Robert des Ruines. Des ruines de temples peuplés de Renés, aux contours tout en rondeur, se mêlent à celles des ruines antiques aux traits plus rigides. Et tandis que je regarde en détails les dessins d’Hervé Di Rosa, mon oeil est attiré par les motifs ronds qui décorent les colonnes… et qui me font penser à ceux des barres d’éveil à la vigilance de l’escalier monumental du musée !

Nous aurons mis un peu plus de deux heures pour parcourir l’ensemble du musée et découvrir le travail d’Hervé Di Rosa. Les œuvres, colorées, semblent avoir trouvé une place naturelle au sein des collections. Et contrairement à l’exposition Philippe Favier que j’avais trouvée trop dense, celle-ci est très agréable… Au point que je n’exclus pas d’y retourner avant qu’elle ne soit décrochée !

Un papier peint avec des Renés a été édité pour habiller certains murs du musée !
Bande dessinée…
Time Spiral – Batailles de Trafalgar et Syracuse
Time Spiral – débarquement de Normandie
Ancien vs Nouveau
Ancien vs Nouveau (bis)
Yellow dots
Villes & banlieues
Dessiner sur les fenêtres…
Manifeste de l’artiste-voyageur
Les Renés en Grèce Antique
Monde sous-marin et le Rhône de Gaston Dintat
Renédor et la Nymphe Endormie
Les décorations des colonnes des temples imaginaires sur les fusains d’Hervé Di Rosa….
…. m’ont rappelé les clous d’éveil à la vigilance sur les marches du grand escalier

Musée de Valence – Drôme – avril 2022

(*) L’exposition « Hervé Di Rosa. Ses sources, ses démons » est présentée au Musée de Valence jusqu’au 28 août 2022. Les jour et horaires d’ouverture et conditions de visite sont à retrouver sur le site internet du Musée.